Rodenticides : PelGar explore-t-il une nouvelle génération de substances actives non anticoagulantes ?
Le marché européen des rodenticides biocides (TP14) repose encore très largement sur les anticoagulants. Brodifacoum, bromadiolone, difénacoum ou encore diféthialone restent des substances actives majeures de la lutte contre les rongeurs.
Mais entre résistances, contraintes environnementales et exigences croissantes du règlement biocides (BPR), la recherche d'alternatives aux anticoagulants constitue un enjeu important pour le secteur du pest control.
C'est dans ce contexte qu'une série de brevets a attiré mon attention lors de ma veille technologique INFOBIOCIDE.
Parmi les brevets repérés lors de cette veille, plusieurs étaient particulièrement intéressants… mais je garde aussi quelques pépites exclusivement pour mes abonnés INFOBIOCIDE ! Et croyez-moi, j'aimerais parfois pouvoir vous en dire beaucoup plus !
Pelgen Limited : un déposant qui mérite qu'on s'y intéresse
À première vue, le nom de Pelgen Limited n'est pas nécessairement familier aux professionnels du secteur.
C'est justement ce qui m'a poussée à regarder le dossier de plus près.
Premier indice : les registres officiels britanniques montrent que Pelgen Limited est enregistrée à la même adresse que PelGar International.
Deuxième indice : les inventeurs mentionnés dans les brevets.
On retrouve notamment Steven Trim et Danielle McCullough, fondateurs de Venomtech, une société britannique spécialisée dans la découverte et la valorisation de molécules issues de venins.
Pris individuellement, ces éléments ne suffisent pas à démontrer précisément la relation entre les différentes sociétés.
Mais leur rapprochement permet de formuler une hypothèse intéressante : Pelgen pourrait constituer une structure utilisée pour porter certains développements de R&D liés à l'écosystème de PelGar.
C'est aussi tout l'intérêt de la veille brevets appliquée aux biocides : au-delà de l'invention elle-même, elle peut révéler des collaborations, des stratégies de propriété intellectuelle et des orientations de R&D plusieurs années avant une éventuelle commercialisation.
Un rodenticide inspiré du venin de cobra
Le point le plus intéressant se trouve évidemment dans la technologie revendiquée.
Les brevets étudiés portent sur des peptides synthétiques inspirés de peptides présents dans le venin de cobra.
Le mécanisme envisagé s'éloigne complètement de celui des rodenticides anticoagulants.
Les anticoagulants utilisés actuellement agissent sur le cycle de la vitamine K. Ils sont notamment confrontés à des phénomènes de résistance associés au gène VKORC1.
Ici, la stratégie décrite repose au contraire sur un mécanisme cardiotoxique excitateur, conduisant à une accélération du rythme cardiaque puis à une défaillance.
Nous sommes donc face à une approche potentiellement très différente des substances actives qui dominent aujourd'hui le marché européen des rodenticides.
Du brevet au produit biocide : le chemin reste long, mais la recherche est bien réelle !
Un brevet est un signal précoce.
Il ne signifie pas qu'un nouveau rodenticide arrivera prochainement sur le marché.
Avant d'envisager une autorisation au titre du règlement (UE) n° 528/2012 sur les produits biocides, de nombreuses étapes seraient encore nécessaires.
Il faudrait notamment caractériser la substance et son profil toxicologique, déterminer son comportement environnemental, développer une formulation adaptée, démontrer son efficacité contre les espèces cibles et constituer les données nécessaires à l'évaluation réglementaire.
Le brevet permet donc surtout d'observer les fondations d'un programme de recherche.
Une innovation à surveiller dans un marché où les nouveaux modes d'action restent rares.
Voir apparaître des travaux sur un mécanisme radicalement différent d'un grand fournisseur de substance mérite donc une attention particulière.
C'est précisément pour identifier ce type de signal faible qu'INFOBIOCIDE suit les brevets du secteur en parallèle de l'actualité réglementaire.
Pourquoi surveiller les brevets dans le secteur des biocides ?
Une veille biocide limitée aux nouvelles AMM ou aux décisions de l'ECHA donne une photographie du marché actuel.
La veille brevets permet d'essayer de regarder plus loin.
Elle aide à identifier les technologies sur lesquelles travaillent les acteurs du secteur, les nouvelles substances ou nouveaux modes d'action étudiés, les collaborations entre entreprises et sociétés de recherche, mais aussi certaines orientations stratégiques avant qu'elles ne deviennent visibles commercialement.
Le cas Pelgen – PelGar – Venomtech illustre parfaitement cette approche.
Le produit n'est peut-être pas encore là.
Mais le signal technologique, lui, existe déjà!
Chez INFOBIOCIDE, chaque mois, je déniche et analyse de nouveaux brevets dans le secteur des biocides : nouvelles substances actives, formulations, familles de brevets, nouveaux modes d'action et stratégies des acteurs du marché. ABONNEZ-VOUS!
